Dans le cadre de la session internationale des formatrices des Oblates de l’Assomption, tenue à Arusha en 2026, une journée de formation a été consacrée à un thème devenu incontournable dans la vie de l’Église et des instituts religieux : la prévention des abus, communément appelée Safeguarding. Animée par Sœur Marren Uwiti, des Loreto Sisters et professeur de Droit canonique à l’Université Catholique d’Afrique de l’est. (CUEA).

Cette rencontre a permis aux formatrices de prendre conscience que la protection des personnes vulnérables ne relève pas seulement d’une exigence juridique, mais constitue avant tout une responsabilité évangélique et un engagement fondamental pour toute communauté chrétienne.

Dès le début de la session, l’intervenante a rappelé que la sauvegarde consiste à créer un environnement où chaque personne se sent respectée, écoutée et protégée. Cette mission ne se limite pas à intervenir lorsqu’un abus est déjà commis. Elle invite plutôt à développer une véritable culture de prévention fondée sur la vigilance, la responsabilité, la transparence et le respect de la dignité humaine. La prévention devient ainsi une manière de vivre les relations fraternelles dans la vérité et la justice.

La réflexion a ensuite permis d’élargir la compréhension de ce que recouvre le terme « abus ». Trop souvent réduit aux seuls abus sexuels, ce phénomène revêt en réalité de multiples formes. Les participantes ont été invitées à reconnaître les abus de pouvoir, les abus spirituels, psychologiques, émotionnels, physiques ou financiers, ainsi que les atteintes à la réputation, à la confidentialité et à la vie privée qui peuvent s’opérer dans nos communautés religieuses. Toutes ces formes d’abus ont en commun de blesser profondément les personnes, de détruire la confiance et de porter atteinte à la crédibilité de l’Église et des communautés religieuses.

Au cours des échanges, plusieurs causes favorisant les abus ont été mises en évidence. Le manque de formation, l’individualisme, certains préjugés culturels, la peur de dénoncer les comportements inappropriés et l’absence de mécanismes de contrôle créent un terrain favorable aux injustices. Lorsqu’une culture du silence ou de l’impunité s’installe, les abus risquent de devenir des pratiques banalisées. Il a également été souligné que les injustices peuvent parfois s’enraciner dans des habitudes institutionnelles au point de sembler normales, créant un cercle vicieux où les victimes d’hier deviennent parfois les bourreaux de demain.

Pour éclairer cette réflexion, la Bible offre de nombreux exemples qui montrent les conséquences destructrices de l’abus de pouvoir et de l’injustice. Les récits d’Achab s’emparant de la vigne de Naboth, du roi David abusant de son autorité envers Bethsabée, ou encore du procès injuste de Jésus illustrent comment le pouvoir peut être détourné lorsqu’il n’est plus vécu comme un service. À l’inverse, les rencontres de Jésus avec la femme adultère ou avec Zachée révèlent un Dieu qui restaure la dignité des personnes rejetées et invite chacun à vivre selon la règle d’or : traiter les autres comme nous aimerions être traités.

La session a ensuite abordé les réalités concrètes que peuvent rencontrer les communautés religieuses. Les participantes ont identifié différentes situations où la dignité des personnes peut être compromise : humiliations, intimidations, favoritisme, surcharge de travail, une forme d’exploitation des jeunes en formation ou manque de respect envers leur histoire familiale et culturelle. Les conditions d’apostolat ont également fait l’objet d’une réflexion critique. Des affectations sans contrat clair, des conditions de logement inadaptées ou encore une mauvaise valorisation des compétences et des talents des personnes peuvent devenir des formes d’injustice incompatibles avec l’esprit évangélique. Les échanges ont aussi porté sur les abus spirituels, lorsque l’autorité religieuse est utilisée pour manipuler les consciences ou exercer un contrôle excessif, ainsi que sur les abus financiers et les atteintes à la confidentialité et à la bonne réputation.

Un moment important de la formation a été consacré à la réponse de l’Église face aux abus. Les participantes ont découvert les efforts entrepris pour renforcer les procédures de prévention et de traitement des situations signalées. Toute dénonciation doit être accueillie avec sérieux, en garantissant à la fois l’écoute et l’accompagnement des victimes, mais également le respect des droits de la personne mise en cause jusqu’à ce que les faits soient établis. L’accompagnement des victimes ne se limite pas à l’aspect juridique : il comprend également un soutien humain, spirituel, psychologique et, lorsque cela est nécessaire, médical. La transparence et la collaboration avec les autorités civiles et ecclésiastiques apparaissent aujourd’hui comme des exigences essentielles pour restaurer la confiance.

En conclusion, cette journée de formation a rappelé avec force que la prévention des abus ne peut être considérée comme une responsabilité réservée aux supérieures ou aux responsables des institutions. Elle concerne chaque membre de la communauté. Construire des environnements sûrs suppose une formation permanente, une vigilance partagée, le courage de signaler les situations préoccupantes et une volonté constante de promouvoir une culture de vérité, de justice et de responsabilité. Plus qu’un ensemble de règles, la sauvegarde constitue une manière concrète de vivre l’Évangile en plaçant la dignité de toute personne au centre de la mission de l’Église. Pour les formatrices des Oblates de l’Assomption, cette réflexion représente un appel à exercer leur mission avec davantage de discernement, d’écoute et de compassion, afin que leurs communautés deviennent des lieux où chacun puisse grandir en sécurité, dans le respect et la confiance.

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