En 2026, les Oblates de l’Assomption font mémoire des cent ans de l’union entre les Oblates de Paris et les Oblates de Nîmes, séparées de 1882 à 1926. Retour sur une histoire de ruptures et de réconciliations.
Les Oblates de l’Assomption ont été fondées en 1865 par le père Emmanuel d’Alzon (1810-1880) pour rejoindre les Assomptionnistes dans la « Mission d’Orient». Mère Emmanuel-Marie Correnson (1842-1900) fut leur première supérieure générale. En 1868, cinq Oblates embarquent à Marseille pour rejoindre la Bulgarie. La mission se développe au fil des années : écoles, hôpitaux, centres d’alphabétisation pour femmes sont créées. Pendant ce temps, les Oblates se développent aussi à Nîmes : elles collaborent avec les Assomptionnistes au collège de l’Assomption et ouvrent une école rue Séguier.
Une grave mésentente
Après la mort du père d’Alzon, le père François Picard est élu supérieur général des Assomptionnistes. Il prétend diriger la congrégation des Oblates, alors que mère Emmanuel-Marie Correnson est leur supérieure générale légitime. Il décide de transférer le noviciat des Oblates de l’Assomption, établi à Nîmes depuis novembre 1874, à Paris. Cette décision engendre une mésentente entre lui et mère Emmanuel-Marie Correnson. En 1882, la rupture entre les Oblates de Nîmes et les Assomptionnistes est consommée. Le nom « de l’Assomption » est retiré aux Oblates de Nîmes, qui sont réduites à une congrégation diocésaine. Leur responsabilité est transférée entre les mains de Mgr Louis Besson, évêque de Nîmes. Pendant ce temps, les Oblates présentes en Orient, ignorant les événements survenus entre les Pères et les Oblates de l’Assomption à Nîmes, optent pour la continuité de leur partenariat avec les Assomptionnistes. C’est ainsi que sœur Jeanne de Chantal Dugas est rapatriée de Bulgarie à Paris pour s’occuper des jeunes filles réunies par le père Picard en vue de devenir Oblates. Ainsi naît la branche des Oblates missionnaires de Paris. Les Oblates de Paris implantent leur noviciat rue de Sèvres puis rue Berton, à Passy. Cette branche prospère rapidement grâce à de nombreuses vocations, favorisées par la visibilité des Oblates dans la presse (elles travaillent à la Bonne Presse) et par les diverses missions qu’elles établissent aux alentours de Paris.
Les branches de Nîmes et de Paris travaillent séparément, avec le même zèle et dans le même esprit assomptionniste, pendant quarante quatre ans, de 1882 à 1926. Les lois de 1901 interdisant aux congrégations enseignantes de rester en France, les Oblates de Nîmes partent pour la Suisse, puis pour l’Italie et la Belgique et enfin pour les Pays-Bas. En 1897, mère Marguerite-Marie Chamska est élue supérieure générale. Les Oblates de Paris, quant à elles, sont sous la direction de mère Marie du Christ de Mauvise, puis de mère Berthe-Marie Paré, élue en 1924. Tandis que les Oblates de Nîmes œuvrent à la reconnaissance officielle de leur congrégation, les Oblates de Paris se consacrent à l’approbation de leurs constitutions. Le 10 février 1893, les Oblates de Nîmes obtiennent le « décret de louange » les établissant comme congrégation de droit pontifical sous le nom « d’Oblates de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie ».
Union des deux branches
La scission de la congrégation a infligé de nombreuses souffrances aux Oblates de Nîmes, qui avaient été fondées pour promouvoir l’unité. Les Oblates des deux branches doivent leur réconciliation à l’attention et à la bienveillance du père Gervais Quenard (1875-1961), troisième supérieur général des Augustins de l’Assomption. En 1924, les Assomptionnistes contactent les Oblates de Nîmes pour consulter les écrits du père d’Alzon conservés à Hulsberg (Pays-Bas). Elles acceptent. En mai 1925, le père Gervais Quenard et mère Marguerite-Marie Chamska se rencontrent à Rome et évoquent la possibilité de l’union. Une rencontre est fixée avec les Oblates de Paris, le 11 août 1925, permettant à mère Marguerite-Marie Chamska de rencontrer mère Berthe-Marie Paré. Une autre réunion se tient à Hulsberg, cette fois-ci entre le père Gervais Quenard et mère Marguerite Chamska, autour des écrits du fondateur. Malheureusement, mère Marguerite-Marie Chamska décède le 15 avril 1926, avant l’union des deux branches. Elle est remplacée par son assistante, mère Marie de la Résurrection Jourdan.
Le travail en faveur de l’union se poursuit. Les Oblates de Nîmes adressent une lettre au Saint Père, lui demandant que le supérieur général des Assomptionnistes « étudie les moyens de rétablir l’union entre les deux branches de ladite congrégation, acceptant d’avance ce que le Père général et le Saint-Siège décideront dans leur sagesse ». De son côté, la supérieure des Oblates de Paris se déclare prête à accueillir toute démarche en vue de l’union et demande au supérieur général des Assomptionnistes d’être son interprète auprès du Saint-Siège pour mener à bien ce projet.
Ainsi, le 22 juin 1926, le père Gervais Quenard obtient-il de la Sacré Congrégation des religieux l’indult qui indique une double faveur : la grâce de l’union et le privilège de droit Pontifical accordé à tout l’Institut. L’union se réalise à Paris le 12 août 1926 par la fusion des deux conseils généraux. L’Institut adopte les constitutions des Oblates de Paris, récemment approuvées par le cardinal de Paris, et toute la congrégation bénéficie du droit pontifical qu’avaient acquis les sœurs de Nîmes en 1893. Mère Berthe-Marie Paré est reconnue supérieure générale des deux branches désormais unies.
Sr LÉA KAVUGHO PALUKU
Repères historiques
- 1865 Fondation des Oblates de l’Assomption par le père Emmanuel d’Alzon
- 1868 Départ des premières Oblates pour la Mission d’Orient. Mère Emmanuel-Marie Correnson devient supérieure générale des Oblates.
- 1880 Mort du père d’Alzon. Le père Picard devient supérieur général des Assomptionnistes
- 1882 Rupture entre les Oblates de Nimes et les Augustins de l’Assomption. Le père Picard crée la branche des Oblates de Paris.
- 1882-1926 Les deux branches évoluent parallèlement et fondent différentes missions.
- 1926 Union des Oblates de Nîmes et des Oblates de Paris, grâce à l’implication du père Gervais Quenard, troisième supérieur général des Assomptionnistes.
- 24 mai 2026 Dévoilement d’une plaque commémorative à la maison généralice des Oblates, 203 rue Lecourbe, en action de grâce pour l’union réalisée en 1926.



Sources : l’Assomption et ses oeuvres, n°785 sur le site : www.assomption.org/lassomption-et-ses-oeuvres/
